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mardi 19 novembre 2013

Opération lose-lose pour le patrimoine ixellois ?

Ce mercredi 20 novembre passe en Commission de concertation la demande de permis pour la restructuration de l’îlot de la Maison communale d’Ixelles. Ce projet communal prévoit la démolition de quatre maisons historiques rue du Viaduc (n° 16 à 22) et leur remplacement par un immeuble administratif.

Pourtant ces élégantes maisons du XIXe siècle constituent un ensemble néo-classique cohérent (inscrit à l'inventaire régional du patrimoine), typique de l’urbanisation originelle du quartier. Il est d’autant plus intéressant de préserver ces maisons que le style néo-classique est particulièrement présent dans le bâti ancien d’Ixelles et constitue en grande partie l’image de marque de la commune.

L'ensemble néo-classique des 16 à 22 rue du Viaduc (© MRBC-DMS)

En période de crise du logement, il paraît regrettable de démolir des maisons historiques qui, par leur typologie, pourraient aisément être rénovées en une douzaine de logements. Par ailleurs, ce ne sont pas les bureaux vides susceptibles d’accueillir les extensions de l’administration communale qui manquent à proximité. On pense en particulier aux anciens bureaux de Solvay situés à un jet de pierre, rues du Prince Albert et du Prince Royal. Ces bâtiments de bureaux de grande qualité patrimoniale sont, pour leur part, actuellement vides.

L'ancien siège de la société Solvay, rue du Prince Albert (© MRBC-DMS)

Dès lors, ne serait-il pas plus judicieux de simplement rénover les maisons de la rue du Viaduc pour retrouver leur affectation en logement tandis que le siège administratif de Solvay, conformément à sa typologie historique, accueillerait les bureaux communaux ? Pour Pétitions-Patrimoine, il s’agirait là d’une opération win-win alors que le projet actuel s’apparente à une opération lose-lose en terme de préservation du patrimoine.

mardi 29 novembre 2011

Préservons l'intégrité de l'immeuble CBR

Pétitions-Patrimoine est préoccupée par le sort de l’immeuble CBR au 185 chaussée de la Hulpe. Il s’agit d’une œuvre très importante d’un point de vue technique et esthétique pour Bruxelles mais aussi pour la Belgique. Cet immeuble si particulier et reconnaissable a été construit en 1967-1970, sous la houlette de l’architecte Constantin Brodzki en collaboration avec Marcel Lambrichs. Il possède une façade unique entièrement réalisée en éléments de béton moulés. Il jouit aujourd’hui d’une large reconnaissance, est cité dans de nombreuses publications et a été sélectionné par le Musée d’Art Moderne de New-York (MoMA) pour son exposition Transformation in Modern Architecture, 1960-1980. Outre sa façade unique, un des intérêts de l’immeuble est qu’il a été conçu pour un client spécifique, de façon globale jusqu’au dessin de chaque meuble et de chaque accessoire.



Il nous a malheureusement été rapporté que l’intérieur du bâtiment qui a pourtant été rénové avec attention par Constantin Brodzki lui-même dans les années 1990, a récemment subi des altérations et que plusieurs meubles d’origines, dessinés par Jules Wabbes spécialement pour ce lieu, ont été enlevés. Nous craignons dès lors que, faute d’une gestion attentive et conforme à l’intérêt architectural et historique de l’immeuble, celui-ci ne subisse une lente dégradation de ce qui fait son intérêt.

Dès lors, nous avons interrogé les experts membres de la Commission Royale des Monuments et des Sites (CRMS) s’ils possèdent des informations concernant la gestion de ce lieu ? Le propriétaire a-t-il fait une demande d’aide en ce sens à la CRMS ?

Mais surtout, dans un souci d’anticipation d’autres modifications malheureuses, nous avons soulevé la question de savoir s’il ne serait pas temps d’envisager le classement de ce chef d’œuvre global ? Un classement aujourd’hui intègrera la rénovation de qualité effectuée dans les années 1990 par Constantin Brodzki (petite visite ici). Il s’agirait de s’assurer ainsi qu’une rénovation future sera encore aussi respectueuse des qualités de l’immeuble et de préserver les éléments d’origine significatifs de sa conception originelle.

vendredi 14 octobre 2011

Immeuble RTT : la réponse de la Ministre

Comme indiqué dans notre article précédent, nous avons interrogé par écrit la Ministre de tutelle de la SDRB quant à la possibilité « de déplacer légèrement la voirie, de l’ordre de 4 mètres […], modification, de plus, recommandée par le rapport d’incidence ». Que nous répond-elle ?

Son courrier nous dit en gros que la nouvelle voirie démolira une partie du bâtiment et que, dès lors, cela ne vaut plus la peine de garder le reste du bâtiment. Elle semble donc ne pas avoir compris notre question et a répété l’argumentation servie au Parlement bruxellois à Serge de Patoul qui s’inquiétait lui aussi de la destruction de l’œuvre de Saintenoy.

Soucieux de réparer cette incompréhension, nous avons, dès la réception de cette réponse, pris notre téléphone afin de reformuler oralement notre question. Le Cabinet nous a, très gentiment, répété que oui, c’était dommage mais que bon, voilà, le projet était un équilibre entre une partie « activités économiques » et une partie « logements ». Le hic serait que la nouvelle voirie va servir de séparation entre ces deux parties. Devant notre manque de compréhension du problème, notre interlocuteur nous fait part du calcul suivant : « un recul de 4 mètres fois 100 mètres (la longueur de la nouvelle voirie) égale 400 mètres carrés qui passeraient d’une fonction à l’autre. », CQFD.

Il apparaît ainsi que le Cabinet Huytebroeck ne semble pas avoir (bien) lu l’étude d’incidence soumise à l’enquête publique lors de la demande de permis de lotir. Comme nous (on n’a rien inventé), l’étude préconise l’adaptation du tracé de la nouvelle voirie pour préserver l’ancien bâtiment RTT. Or, la proposition incluse dans l’étude d’incidence montre bien que la modification du tracé de la voirie (léger changement d’angle et adaptation du carrefour avec la rue de Molenbeek) n’a qu’un impact négligeable sur la surface dévouée à la zone d’activités économiques. On lira utilement à la page 127-128 de l’étude : « Cette hypothèse nécessite une adaptation du tracé de la voirie projetée à hauteur du bâtiment. Une simplification de la voirie (suppression du stationnement latéral et réduction des trottoirs à 1,5 mètres) permet une configuration du carrefour rationnelle. Elle nécessite toutefois de prévoir un trottoir dans la partie "expansion économique" (Green Bizz)». Comme on peut le voir sur le schéma, ce morceau de trottoir ne devrait « mordre » qu’une poignée de m2 de la zone Green Biz… pas de quoi fouetter un chat (où abattre un bâtiment de qualité en bon état). Sans compter que, si on le souhaite, il est parfaitement possible de réaffecter la partie basse de l’ancien immeuble RTT en une fonction « économique ».

Extrait de l'étude d'incidence : comme on peut le voir, le trottoir dévié pour sauvegarder l'ancien bâtiment RTT (en orange) ne prendrait qu'une poignée de m2 du côté "zone économique" du pointillé orange.


En réalité, nous pensons nous trouver face au cas, récurant à Bruxelles, du projet immobilier qui a été pensé en chambre sans tenir compte du bâti existant. Un projet qui nous semble malgré tout amendable avec un peu de bon sens pour en améliorer l’aspect « développement durable » puisqu’on conserverait un important patrimoine architectural en bon état (selon l’étude d’incidence du projet). Mais, suite à la réponse du Cabinet Huytebroeck un doute nous étreint : la vision du monde qu’il révèle considérerait-t-il les lignes droites comme un élément indépassable du projet ? La vision du Baron Hausmann et du panoptique doivent-ils forger la vision de la ville pour les siècles à venir ?

Allez, un petit effort d’imagination et une petite courbe, un petit tournant pour sauver un bâtiment, ce ne devrait pas être si compliqué à mettre en œuvre !

dimanche 11 septembre 2011

L'immeuble RTT menacé par un projet « durable »

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Il y a quelque temps déjà que Pétitions-Patrimoine s’inquiétes du sort de l’ancien bâtiment de la RTT sis rue de Molenbeek 198. Ce bâtiment est en effet situé à Laeken dans un îlot en grande partie vide, délimité par la rue de Molenbeek, la rue Claessens, la rue du Tivoli et la rue Dieudonné Lefèvre. Ce vaste îlot situé derrière Tour & Taxis fait l’objet d’un projet de lotissement d’un quartier « durable » mené par la SDRB. Le projet prévoit la création de quatre voiries qui découpent le site en îlots plus petits et a été l’objet d’une étude d’incidence débouchant sur une demande de permis de lotir passé en concertation le 4 janvier 2011.

Vue générale du site depuis la rue Lefèvre avec, au fond, l'arrière du bâtiment RTT

Par on ne sait quel manque d’attention ou volonté délibérée, il apparaît que, malgré l’espace disponible sur l’ensemble du site, les concepteurs du projet sont parvenus à tracer une des voiries de sorte qu’elle ampute de quatre mètres l’ancien immeuble RTT, impliquant sa démolition, au moins partielle. Or, cet immeuble construit à partir de 1946, suivant les plans de l’architecte Jacques Saintenoy fait une synthèse intéressante d’éléments du style moderniste de la fin des années 1930 (fenêtres en hublots, utilisation extensive de la brique jaune…) et de certains éléments stylistique qui se développeront plus typiquement dans l’après-guerre (dessin de l’encadrements des portes, certaines ferronneries).

Vue depuis la rue de Molenbeek : l'imbrication des parties basse et haute du bâtiment

L’intérêt du bâtiment tient, pour partie, dans la personnalité de son architecte dont l’œuvre est encore peu documentée mais dont l’inventaire scientifique en cours de réalisation par la DMS révèle une partie des créations. Ces bâtiments datent essentiellement de la fin des années 1920 à la fin des années 1930. En outre, Jacques Saintenoy a participé à la construction de la « nouvelle » Gare du Nord au début des années 1950. Le bâtiment RTT de la rue de Molenbeek constitue donc une œuvre de maturité pour un architecte intéressant, représentatif du courant moderniste à Bruxelles, dont une partie de la production reste sans doute encore à découvrir faute d’inventaire extensif du patrimoine en Région bruxelloise.

La « nouvelle » Gare du Nord juste après sa construction

Il faut aussi relever l’intérêt architectural spécifique au bâtiment RTT. En effet, celui-ci offre une volumétrie particulière qui, partant de fonctions différentes, imbrique un volume bas dédié originellement à des fonctions économiques (bureau et restaurant) dans un volume haut dont les étages supérieurs sont affectés au logement. Cette conception en deux volumes dissymétriques et imbriqués concourt à donner une image forte à l’immeuble et à en rendre l’organisation interne très lisible depuis la rue. L’imbrication et le contraste des deux parties de l’immeuble s’accompagnent d’un jeu subtil dans le dessin de la façade avec, notamment, de légères saillies ou retrait des différentes parties.




Malgré cela, le permis de lotir demandé par la SDRB qui a reçu un avis favorable de la Commission de concertation en dépit les conclusions du rapport d’incidence du permis de lotir qui préconisait le maintien du bâtiment et la révision du permis en conséquence (léger déplacement de la voirie, réaffectation de l’immeuble).

Depuis lors, cette démolition a été évoquée par deux fois au Parlement bruxellois. En avril dernier, le député Serge de Patoul, déplorant cette démolition, a tout d’abord interrogé Charles Picqué sur son caractère inéluctable. Le Ministre-Président lui a répondu que « le bâtiment est en très mauvais état et que sa stabilité pose question. ». Etrange argument puisque le rapport d’incidence du permis de lotir, datant d’août 2010, décrivait ce bâtiment comme « Globalement, l’immeuble présente un état structurel bon et sain. Seul un petit problème d’humidité est présent au droit du raccord entre la partie horizontale du bâtiment et la partie plus haute. Celui-ci pourrait être facilement solutionné par une réparation en toiture et en façade. » et, dans ses conclusions, recommandait de modifier légèrement une des voiries prévues afin d’éviter de le démolir. On serait étonné qu’en quelques mois un bâtiment en béton armé d’une telle taille se dégrade au point d’en devenir instable.

Face à la contradiction évidente entre les arguments de M. Picqué et le rapport d’incidence, le député revint donc à la charge avec une nouvelle question parlementaire, cette fois auprès de la Ministre ayant la tutelle sur la SDRB, Evelyne Huytebroeck. Dans sa réponse, celle-ci n’envisage à aucun moment la possibilité de dévier la future voirie de quelques mètres pour sauver le bâtiment.

Pétitions-Patrimoine a donc décidé d’interroger également Madame la Ministre sur la possibilité de revoir le permis de lotir afin de déplacer de quelques mètres la future voirie afin de préserver l’ancien bâtiment RTT et d’éviter la création en pure perte des tonnes de gravats de sa démolition car il est aussi de notre souci que le sens du mot « durable » dont est qualifié le projet « Tivoli » ne soit pas ridiculisé par une voirie mal dessinée sur un plan. Le courrier vient de partir... la suite au prochain numéro.